La satiété ou le fin mot de la faim !

Si vous souhaitez travailler sur vos problèmes alimentaires, il arrive parfois, dans le cadre d’un accompagnement, que l’on axe le travail plus spécifiquement, le temps d’une séance, sur la sensation de satiété, afin de mieux la repérer, de mieux la gérer, pour manger moins en quantité mais pour manger mieux en qualité.

Mais d’abord, tentons de définir la satiété et ses mécanismes complexes.

Lorsque nous mangeons, nous sommes peu à peu rassasiés par les différents aliments que nous ingérons jusqu’au moment généralement satisfaisant où nous ne ressentons plus la faim : c’est l’état, le sentiment ou la sensation de satiété.

Apres avoir mangé suffisamment d’un aliment déterminé (de la viande ou des féculents par exemple), nous avons souvent envie de manger d’autres types d’aliments présentant des caractéristiques sensorielles différentes (des légumes ou un dessert par exemple). Ce « rassasiement sensoriel spécifique » est normal, car il répond à notre besoin physiologique de manger des nutriments variés, et nous amène progressivement à cet état de satiété, qui est piloté par notre cerveau et plus particulièrement par l’hypothalamus, qui réceptionne les différents signaux physiologiques, et dont les neurones « anorexigènes » vont déclencher différentes réactions chimiques.

Ce processus prend un certain temps : 15 à 20 minutes environ. D’ où l’importance de manger lentement, en prenant le temps de bien mâcher, voire en posant ses couverts entre chaque bouchée !

Parmi les nombreux signaux envoyés à l’hypothalamus, on peut citer ceux de l’estomac qui « pèse son contenu » via des mécanorécepteurs et informe le cerveau par l’intermédiaire du nerf vague.

Ou encore les signaux hormonaux avec la sécrétion d’hormones telles que l’insuline (pancréas), la cholécystokinine ou CCK (duodénum) et surtout la leptine, qui est à la fois secrétée par l’estomac quand on commence à manger mais aussi par nos adipocytes (cellules graisseuses) qui la produisent en permanence et dont le taux dans le sang est proportionnel à notre masse graisseuse (à l’exception de la graisse abdominale, qui compte donc pour du beurre !)

Il semblerait que notre microbiote apporte aussi sa contribution.

Bref c’est un vrai travail d’équipe ! (Je vous invite pour plus de précisions à vous référer aux livres passionnants de Marie Thirion « Pourquoi j’ai faim ? » et au « Charme discret de l’intestin » de Giulia Enders).

Sans oublier notre cerveau limbique et nos émotions qui viennent fortement influencer notre expérience de la satiété. On parle quelquefois de « faim émotionnelle » ou de notre rapport « affectif » à la nourriture.

Car manger procure du plaisir, et nous avons autant besoin de plaisir que de nourriture dans notre vie !

Et c’est là que ça se complique ! Car la façon dont on réagit à nos émotions vient parfois dérégler cette mécanique si complexe…

 

Comment faire alors pour mieux repérer la satiété quand les mécanismes de régulation de la faim dysfonctionnent ? Ou quand nous avons l’impression de ne plus la percevoir ?

Comment faire aussi dans le cas de dérèglements hormonaux, ou quand on devient résistant à la leptine et que l’hormone « coupe faim » ne peut plus jouer son rôle habituel ?

J’aimerais vous parler d’une petite fille que je connais bien, qui est atteinte du syndrome de Prader Willi dont un des traits les plus marquants est l’absence de satiété.

Quand cette petite fille a été en âge de parler, elle a été capable de se faire une représentation visuelle de sa faim, sous la forme de 3 creux (un petit, un moyen et un grand creux). Et de cette façon, en imaginant les creux se remplir progressivement, on pourrait dire qu’elle a été capable de « reconstruire » et de ressentir une nouvelle forme de satiété.

Car quand on se fait une image de quelque chose dans notre corps, on le ressent plus facilement.

Et de cette façon, une simple représentation « imaginaire » peut venir compenser ou étayer un déficit sensoriel. Car ce qu’on imagine, pour notre corps c est réel !

Lorsqu’on fait un cauchemar, les battements du cœur s’accélèrent, la température du corps augmente, on se met à transpirer.

De la même façon, quand une personne phobique imagine l’objet de sa peur, les manifestations physiques de sa peur apparaissent aussitôt.

La métaphore de l’anneau gastrique hypnotique repose également sur cette idée que la façon dont on interprète la réalité peut agir directement sur notre corps. On pourrait aussi évoquer l’image que nous avons de notre corps, qui est parfois très différente de ce qu’il est réellement…

 

On peut donc d’une part travailler sur la représentation multi sensorielle qu’on se fait de la faim et de la satiété, et d’autre part travailler sur nos mécanismes attentionnels.

En hypnose, on utilise souvent ce qu’on appelle les signaux idéo-moteurs ou idéo-sensoriels, c’est à dire comment un mot, une idée ou une suggestion vient activer un mouvement ou une sensation dans le corps.

Ca peut être une main qui devient si légère qu’elle se met à flotter, ça peut être des micro-mouvements dans les doigts ou encore une sensation de chaleur que l’on perçoit. Il est ainsi possible de suggérer, qu’après la séance, lorsque votre organisme saura que vous avez suffisamment manger en quantité et en qualité, alors une sensation ou un micro-mouvement particulier va apparaître dans telle partie du corps et ainsi mobiliser votre attention.

Ce type de phénomène post hypnotique a un effet limité dans le temps et ne fonctionne pas avec tout le monde.

L’effet s’estompe rapidement, mais il suffit parfois de quelques jours pour que ce signal permette de porter une attention différente à nos sensations corporelles.

Et bien souvent quand on est attentif à quelque chose, on le ressent d’autant mieux.

De la même manière qu’on peut être attentif à sa respiration et la contrôler temporairement, il est possible de se reconnecter à son corps pour mieux percevoir et ressentir les signaux transitoires qu’il nous transmet.

Car ces signaux sont éphémères, et si on ne les écoute pas quand ils se présentent, on va cesser de les percevoir.

Vous avez surement déjà fait l’expérience d’oublier de manger en vous rendant compte que la faim « pendule » s’était dissipée.

C’est une sorte de rééducation attentionnelle.

En mangeant en pleine conscience, en étant attentifs aux qualités sensorielles de ce que vous mangez, aux couleurs, aux odeurs, aux goûts, aux textures, vous allez prendre plus de plaisir à manger, et vous sentirez mieux la sensation d’être comblé, vous repérerez mieux le moment où vous n’avez plus besoin ni envie de manger.

 

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